Que dire, après avoir assisté à une telle démonstration ? Richard Vogel et son extraterrestre United Touch S, qui mérite bien cet adjectif au vu de sa capacité à survoler les obstacles comme s’il ne touchait plus terre, ont tout simplement surclassé la concurrence dans le Grand Prix Rolex de Genève. De l’aveu même de ses dauphins Mark McAuley et Christian Kukuk, c’est bien simple, « Richie » ne pouvait pas être battu aujourd’hui dans l’antre de Palexpo. L’Allemand et son étalon de onze ans remportent donc là leur plus belle victoire, et avec panache qui plus y est, devant l’Irlandais qu’on n’attendait pas à ce niveau et l’autre Allemand très en forme en ce moment.

L’Allemand et son extraordinaire bai sont les nouveaux contenders pour le Grand Chelem Rolex. – Marie Lacombe / Info Jumping

Il a fallu, en effet, s’arracher pour décrocher son ticket pour le barrage du parcours dessiné par le Suisse Gérard Lachat et le Néerlandais Louis Koninckx, qui ont mis la barre haute, très haute : pour preuve, seuls sept couples auront franchi les dix-huit difficultés, dont deux doubles de verticaux sur bidet et oxer-vertical et un triple vertical-oxer-vertical, sans encombre. Derrière eux, on retrouve les cadors de la discipline, qui se sont cassé les dents sur le parcours, à commencer par le héros local Martin Fuchs. Lauréat par deux fois avec Clooney 51 et Leone Jei, encore deuxième avec ce dernier l’an passé, le Suisse, en lice pour le Grand Chelem après sa victoire en septembre aux Masters de Spruce Meadows, a fauté sur l’avant-dernière difficulté du parcours. C’est ce même oxer particulièrement carré, placé dans une courbe, qui a chu au passage de Henrik von Eckermann et son pourtant fabuleux King Edward, après une première faute sur une palanque plus tôt : comme quoi, ça arrive même au numéro mondial et son champion du monde… La sanction a été encore plus lourde pour Scott Brash, inoubliable vainqueur du Grand Chelem en 2014 avec Hello Sanctos, qui a accusé 18 points avec son partenaire du jour Hello Jefferson. Autrement, le parcours a été plutôt été équilibré et occasionné des fautes à droite, à gauche, et personne n’a été épargné. Pour les Français, quatre sur cinq n’ont pas passé le premier cut : le triple a notamment été fatal à Kévin Staut et François-Xavier Boudant, aux rênes de Beau de Laubry Z et Brazyl du Mezel, l’avant-dernier oxer (toujours lui) a pénalisé Simon Delestre et Dexter Fontenis Z, tandis que Julien Gonin a préféré abandonner avec sa fidèle Valou du Lys après une mésentente sur le double de bidets.

François-Xavier Boudant et son tout-bon Brazyl du Mezel ont réussi leur grande première à Genève. – Marie Lacombe / Info Jumping

C’est surtout le chronomètre imparti de 73 secondes qui a ruiné les espoirs de nombre de concurrents, à savoir l’Allemand Hans-Dieter Dreher, l’Irlandais Daniel Coyle, le Brésilien Yuri Mansur et l’Argentin José Maria Larocca respectivement en selle sur Elysium, Legacy, QH Alfons Santo Antonio et Finn Lente : ces derniers pourront tout de même se satisfaire de leur performance sans fausse note sur les obstacles et de leurs huitième, neuvième, dixième et onzième places. Devant eux, sept couples bien méritants qui se sont ouverts les portes du barrage. Premiers à partir, Richard Vogel et United Touch S ont tout de suite marqué les esprits lors de la manche raccourcie, à tel point qu’on se rendait bien compte, même avec des cracks encore à partir, qu’ils seraient sacrément durs à battre. En effet, là où le Westphalien se démarque des autres, c’est par son immense amplitude et sa force colossale, qui lui permet de franchir les obstacles même quand son pilote lui fait effectuer un tracé au cordeau et le met littéralement au pied des difficultés à franchir. Avalant les foulées et coupant tous les virages en un rien de temps, le duo établit le chrono à battre à 37’14. Après-coup, le lauréat du jour confiera qu’il ne sera « jamais assez reconnaissant » envers son crack : « J’ai tout le respect du monde pour lui, surtout sur des parcours techniques comme ceux-là où il doit faire beaucoup d’efforts pour faire rentrer son amplitude dans les lignes. Je suis très fier de lui, parce qu’il a tellement progressé ces dernières années ! Au barrage, je sais qu’il a une immense foulée donc que je parte en premier ou en dernier il fallait que je tente le tout pour le tout ! J’avais un plan pour le barrage, mais je compte aussi beaucoup sur l’instinct et c’est comme ça que sur la dernière ligne j’ai senti que je pouvais la faire en six foulées au lieu de sept, alors que j’avais plutôt prévu sept initialement. Gagner ici, ce n’était pas non plus ce que j’avais prévu au début, mais finalement ce rêve est devenu réalité », a-t-il ri en conférence de presse.

Le barrage mené tambour battant par le duo allemand a époustouflé le public de Palexpo. – Marie Lacombe / Info Jumping

Steve Guerdat, lauréat du Top Ten vendredi soir avec l’agile Venard de Cerisy, aura bien tenté sa chance avec le soutien de son public, mais sa championne Dynamix de Belheme n’étant pas encore rompue à l’art du barrage, le duo se contentera de la quatrième place avec une faute. « Je suis quand même très content de ma jument, elle a joué le jeu et ça fait partie de l’apprentissage, a loué le Jurassien après l’épreuve. Le barrage de Richie était juste exceptionnel, c’était une démonstration, un grand de moment de sport comme on en vit rarement ! » La sanction sera similaire pour la seule chance française de la manche raccourcie, Julien Epaillard et Dubaï du Cèdre, qui terminent au cinquième rang après une barre. Jessica Springtseen et Wilm Vermeir, accompagnés par Don Juan van de Donkhoeve et Iq van het Steentje, accusent quant à eux deux fautes et se classent sixième et septième.

Malgré un premier parcours rondement mené, Julien Epaillard et Dubaï du Cèdre ont fauté lors du barrage. – Marie Lacombe / Info Jumping

Seuls Christian Kukuk et Mark McAuley auront donc réussi à résoudre l’équation du double sans-faute grâce aux tout-bons Checker 47 et GRS Lady Amaro : l’Allemand, parti à un rythme raisonnable, monte sur la troisième marche du podium, tandis que l’Irlandais, qui a plus joué le jeu de la vitesse, glane une très belle deuxième place. « J’étais dans les tribunes quand Pedro Veniss a gagné en 2016, et ça m’a donné la chair de poule ce jour-là, depuis j’ai toujours eu envie de gagner ce Grand Prix en particulier, a confessé le cavalier de la Tuilière, installé à quelques encablures de Genève. Mais quand j’ai vu le barrage de Richard, j’ai perdu tout espoir de gagner (rires) ! Il était tout simplement imbattable, donc j’ai assuré mon barrage, j’ai essayé d’être réaliste en faisant quand même de mon mieux. GRS Lady Amaro est une jument née chez mon oncle et que mon cousin a monté jusqu’à ses 8 ans. Elle était très compétitive sur 130-135, mais on ne se serait jamais dit qu’elle pouvait réaliser de telles performances ! Néanmoins, un cheval n’a pas besoin d’être flashy pour réussir, elle est ultra respectueuse, elle ne veut toucher aucune barre, et elle se bat pour son cavalier de tout son coeur. »

C’est à un moment de grand sport qu’a assisté le public genevois. – Marie Lacombe / Info Jumping

« Checker était lui aussi au top, ça m’a semblé facile avec lui aujourd’hui. Mais c’est pareil pour moi, quand j’ai vu le barrage de Richard, je me suis dit que ça serait impossible de gagner tellement ils étaient sur une autre planète, surtout après avoir vu la faute commise par Steve en essayant de les rattraper, a expliqué le cavalier des écuries Beerbaum. J’ai essayé de balancer en essayant d’aller vite sans prendre trop de risques et ça a réussi, même si au finale ça fait un bon barrage et non pas un excellent barrage ; mais je savais que Richie et United avaient le petit truc en plus qu’il fallait pour gagner aujourd’hui et je me suis donc dit qu’il fallait être raisonnable, je suis donc content du résultat. » Richard Vogel, dont le nom signifie oiseau en allemand, a donc fait honneur à son patronyme en prenant son envol aujourd’hui avec l’extraordinaire United Touch S pour ce qui sera certainement l’une des plus belles victoires de sa carrière : c’était bien leur jour, et personne n’aurait pu les empêcher de triompher.


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