Vent, pluie, nuages sombres, coups de tonnerre et éclairs : c’est comme si la météo s’était mise au diapason de l’événement ce vendredi soir à Aix-la-Chapelle, pour marquer le coup lors de cette finale par équipes qui promettait tant. Et quel beau scénario, comme seuls les plus grands événements et les plus grands théâtres savent en offrir ! En dépit des éléments qui se sont déchainés sur la piste de la Soers, l’Allemagne n’a même pas été touchée, et encore moins coulée. Au contraire, il y avait un monde entre les mousquetaires d’Otto Becker et leurs adversaires, sacrés après trois rotations devant un public en fusion qui a réchauffé l’ambiance froide et humide de la soirée allemande.

C’est un Marcus Ehning des grands jours, déjà de la partie lors de la précédente échéance mondiale en 2006 sur cette même piste mais qui n’était reparti « qu’avec » le bronze collectif avec son inoubliable Noltes Küchengirl, qui a ouvert le bal avec Coolio 42. Malgré quelques sursis, dont la sortie de double spa-vertical avec palanque qui a causé tant de fautes, le Centaure et son fils de Casalito ont mis sur orbite leurs coéquipiers. Sophie Hinners, pénalisée seulement d’un point de temps aux rênes de son bondissant Iron Dames*Singclair, a concédé la deuxième place individuelle mais a assuré le sans-faute. Et Daniel Deusser est venu parachever le triomphe des siens en offrant une nouvelle prestation parfaite, en selle sur un Otello de Guldenboom qui ne voulait décidément pas toucher une barre. Même si ces trois rotations suffisaient à assurer le titre mondial, Richard Vogel a tout de même pris le départ pour le classement individuel. Dans un silence de cathédrale, les champions d’Europe ont survolé les difficultés et, en dépit de ses deux points de temps dépassé, le pilote a laissé éclater sa joie devant un public survolté et savouré cette soirée historique pour la nation hôte.

Car l’or mondial a été obtenu avec la manière par la Mannschaft, qui s’en sort avec un total de 4,48 points. Si eux ont survolté la compétition, on ne peut pas en dire pareil de la concurrence, avec plusieurs nations qui ont fait l’ascenseur entre le podium et le bas du top ten au gré des parcours. Mal lancée par Nicola Philippaerts et Pieter Devos, qui ont concédé huit et quatre points aux rênes de Katanga VH Dingeshof et Casual DV Z, la Belgique a pu compter sur les sans-fautes salvateurs de Thibeau Spits (Impress-K van’t Kattenheye Z) puis Abdel Saïd (Wathnan*Quaker Brimbelles Z) pour arracher la médaille d’argent.

En cinquième position après la première manche, la Grande-Bretagne a elle aussi aligné deux sans-fautes de ses médaillés olympiques Ben Maher et Harry Charles, impeccables de bout en bout avec Point Break et LT Holst Freda, et s’est assuré la médaille de bronze. Crève-coeur en revanche pour Scott Brash, fautif sur l’oxer numéro un qui est si souvent tombé ! L’Ecossais a ainsi cédé la tête du classement individuel avec sa jeune Hello Mango, née Keswhichtime HV, mais a maintenu son score à quatre points jusqu’à la fin de son parcours. Que dire en revanche pour Adrian Whiteway, dont l’atypique Chacco Volo a semblant accuser le coup et est sorti de piste avec quinze points, après une grosse faute sur la sortie de double.

A contrario, la soirée a été moins agréables pour les Etats-Unis, médaillés d’argent provisoires après le premier round. La première fausse note est venue de Laura Kraut et son double médaillé olympique Baloutinue, qui sont sortis de piste avec quatre points. Les choses sont allées de mal en pis avec le passage de Katherine Dinan, qui a poussé à la faute Out Of The Blue SCF dans le triple et évité la rivière. Déjà en difficulté lors de la Chasse, l’Américaine a préféré abandonner. Ne pouvant plus compter sur un drop score, Lillie Keenan et McLain Ward, les deux derniers représentants du Stars and Stripes, se devaient donc d’être parfaits. Las, la première a commis deux fautes aux rênes de Fasther, tandis que son mentor, pilotant High Star Hero, a arraché le sans-faute qu’il méritait après avoir manqué de chance jusque-là.

Les cavaliers de Robert Ridland terminent donc au pied du podium, juste devant l’Italie. Bien partis en première manche et troisième au provisoire avec trois prestations parfaites, les Azurri se sont montrés plus fébriles et seul Piergorgio Bucci s’est tiré sans encombre du parcours aux rênes d’Hantano. La Suisse, portée par ses champions Steve Guerdat et Dynamix de Belheme, gagne un rang et prend la sixième place, devançant l’Irlande qui a aligné les parcours à quatre points en l’absence de l’un de ses équipiers, Darragh Kenny ayant choisi de retirer Eddy-Blue de la compétition.

Et il faut donc descendre à la huitième place pour trouver la France, qui arrache sa qualification olympique comme toutes les équipes qui la précèdent, les USA étant qualifiés d’office en tant que pays hôte. Une maigre consolation pour les Bleus, qui entretenaient des espoirs de médaille au vu de leur position favorable après la première manche, à moins d’une barre du podium. Toutefois, la partition des si régulières Nina Mallevaey et Dynastie de Beaufour s’est déréglée sur la barre de spa barrant l’entrée du dernier double. On a aussi compté quatre points à Olivier Perreau et GL Events*Dorai d’Aiguilly : alors que le couple s’était défait de toutes les difficultés majeures du parcours, il a fauté sur l’antépénultième obstacle, un oxer aux couleurs de la banque publique Sparkasse… Bien qu’ils aient redressé la barre après leur Chasse cauchemardesque en sortant un beau sans-faute en première manche, Antoine Ermann et son fidèle Floyd des Prés ont laissé choir deux barres, tout comme Julien Epaillard. Avec un Fringan de Vesquerie qui semblait tendu en fin de parcours, le Normand a failli lui aussi à deux reprises, portant le score de l’équipe de France à un total de 24,99 points.

Le top dix de cette finale est complété par le Danemark, qui a dû faire à trois après l’abandon d’une Zascha Nyygard fort peu à son avantage avec le Selle français Drako de Maugré, et la Suède. L’ère dorée des champions par équipes en titre, aussi médaillés olympiques à Tokyo en 2021 et européens à Milan en 2023, semble être révolue : le moins lourd score est à mettre à l’actif d’Henrik von Eckermann et Minute Man, sortis de piste avec huit points. On en a compté seize à Wilma McMahon et à Cicci BJN, tandis que le championnat de Peder Fredricson et Alcapone des Carmille s’est conclu par un parcours calamiteux à 31 points et que Petronella Andersson, en selle sur Odina van Klapscheut, a carrément abandonné…

Ainsi, cette seconde manche par équipes a aussi rebattu les cartes de l’individuel. Après la faute de Scott Brash, relégué à la dixième place, on retrouve non pas un mais deux cavaliers en tête : Steve Guerdat et Daniel Deusser se partagent en effet le leadership avant la finale de dimanche, avec 0,86 points chacun, juste devant Ben Maher qui s’élancera sur les deux manches avec un score de 1,01 point. à noter la présence d’encore deux autres médaillés allemands, Marcus Ehning et Sophie Hinners, en embuscade en quatrième et cinquième position. Mais il faudra faire attention, car les dix premiers cavaliers se tiennent tous en une barre… Nina Mallevaey, seule Française à prendre part à la finale ce dimanche avec sa seizième place provisoire, aura-t-elle sa chance de monter sur le podium ? Il faudra pour cela d’abord passer la visite vétérinaire ce samedi soir, puis se sortir sans encombre de la finale en deux manches dont le coup d’envoi sera donné ce dimanche à 14h30 !




