Marcus Ehning, enfin !

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Plus c’est long, plus c’est bon. Il aura fallu attendre deux longues années pour revoir (enfin) Marcus Ehning remporter un Grand Prix 5*. Mais diable, quel retour ! Le CSI 5* de Bois-le-Duc (‘s-Hertogenbosch) au Pays-Bas a offert l’occasion au centaure allemand de remettre les pendules à l’heure et de nous faire profiter d’une très belle leçon d’équitation avec Cornado NRW.

Si l’épreuve fût disputée, il y avait bien Marcus et les autres, tous les autres. Tout en complicité et en osmose le couple ne faisait qu’un et a su avec une facilité et un plaisir manifestes se jouer des difficultés techniques et du chronomètre. Signe révélateur de ce moment de grâce, Marcus Ehning dont le visage demeure d’habitude toujours impassible sinon figé, a fendu hier le masque pour esquisser un sourire. Même timide, ce sourire n’est en rien anecdotique. Au contraire, il est le signe explicite d’un aboutissement dans le travail engagé. Comme en agriculture, l’équitation c’est une histoire de semailles et de moissons dans laquelle il faut savoir être patient et persévérant. De toute évidence, le maître allemand a achevé un cycle dans la construction de sa connexion avec Cornado NRW, comme un compagnon du devoir met la dernière touche à son chef d’oeuvre.

Si le fils de Cornet Obolensky, Cornado, ne manque pas moyens, il n’est pas dénué, comme son père, d’un vrai caractère et d’une certaine émotivité. Il aura fallu tout le talent de Marcus Ehning pour s’affranchir de ces difficultés et transformer l’étalon de 13 ans en véritable machine de guerre, le tout dans un timing parfait à quelques mois des jeux olympiques alors qu’une blessure à un boulet avait éloigné le beau gris des terrains de concours l’essentiel de la saison 2015.

Si, comme l’écrivait le grand écuyer portugais Nuno Oliveira, « la légèreté est la marque de l’équitation supérieure », Marcus Ehning est tout en haut de la hiérarchie mondiale contrairement à ce que pourrait laisser croire sa quarantième  place dans la ranking list. On peut en effet partager l’idée que, la véritable légèreté, c’est lorsque le cheval obéit simplement par la pensée. C’est bien ce sentiment que l’on a éprouvé en regardant Cornado évoluer sous la selle du cavalier de Borken.

A l’issue de sa victoire ce week-end, Marcus Ehning avec toute la retenue qui le caractérise, a sobrement déclaré « Je suis vraiment content de Cornado*NRW. Il a été fantastique aujourd’hui. C’était un bon parcours ». A 41 ans et avec un palmarès tout simplement extraordinaire dont 6 médailles d’or par équipe dans différents championnats et 3 victoires en Finales Coupe du monde, l’allemand demeure un mystère. Le grand public ne connaît pas grand-chose de lui et internet ne livre aucun secret. Comme la plupart des très grands champions de CSO, Marcus a tendance à vivre dans sa bulle mais aussi à être très près, de façon quasi-fusionnelle, de ses chevaux. « Je veille à ce que mes chevaux soient heureux. Pour cela, il faut qu‘ils soient entourés d‘affection. Je ne tolère aucune brutalité à leur égard » déclarait-il il y a quelques années. Une façon pudique et détournée de confier simplement qu’il les aime.

A ce sujet, Nuno Oliveira, toujours lui, écrivait « On a tendance, de nos jours, à oublier que l’équitation est un art. Or, l’art n’existe pas sans amour. Mais celui qui n’a pas la discipline nécessaire et qui ne possède pas la technique ne peut prétendre à l’art. L’art, c’est la sublimation de la technique par l’amour. L’amour, afin qu’après la mort du cheval, vous ayez gardé en votre cœur le souvenir de cette entente, de ces sensations qui ont quand même élevé votre esprit au-dessus des misères d’une vie humaine ».  Marcus Ehning à cet égard est un très grand orfèvre. Il est bon parfois de le rappeler.

Henry Moreigne