Le Haras de Brullemail

Info Jumping vous permet de découvrir la vie d’un éleveur très passionné, qui a fait naître quelques uns des plus grands cracks Selle Français comme Ornella Mail*HDC, récente vainqueur du Derby de La Baule avec Patrice Delaveau! Il s’agit bien sûr du Haras de BrullemailBernard Le Courtois a gentillement répondu à nos questions. Dès ce soir, et ce, tous les mardis, nous publierons une partie de cette interview.

 

Ornella Mail*HDC et Patrice Delaveau aux Gucci Masters.
Ornella Mail*HDC et Patrice Delaveau aux Gucci Masters.

 

Info Jumping : Comment vous est venue la passion pour l’élevage ?

 

Bernard Le Courtois : Déjà adolescent, j’aimais autant monter à cheval que l’élevage et je voulais toujours connaitre les origines des chevaux. Je m’étais inventé un élevage « virtuel » avant l’heure et je passais des heures à faire des croisements imaginaires et à remplir des fiches. Avec des copains on apprenait le stud-book par cœur et on faisait des concours en s’interrogeant !
Hélas, je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer des éleveurs professionnels avant l’âge de 18 ans. Je montais en concours des chevaux de clubs en région parisienne et l’été en Bretagne à l’Etrier Vannetais. Je travaillais tous les étés comme stagiaire dans ce club de ma région natale. Mon oncle, le Dr Genest, était Président et je montais ses chevaux.
Comme beaucoup d’ados, je voulais faire mon métier « dans les chevaux » mais mes parents m’en ont dissuadé et imposé d’avoir le Bac.
J’ai fait une année de fac de Droit. Mes parents m’avaient offert une jument de concours pour mon Bac en 1973. J’ai donc commencé les classes C1 en 1974, puis les B1 (1m35-40) en 1975-76. Cette jument VALDANE (Dan II aa) fut ma première poulinière.
En 1975, j’ai pris une année sabbatique pour savoir si j’étais fait pour ce métier afin de n’avoir aucun regret par la suite.
J’ai fait une année de stage chez deux grands cavaliers de profils de carrières différents dont l’un était aussi éleveur.
Le premier était d’un milieu modeste, surdoué, autodidacte, commerçant … et avait épousé la fille de son patron.
L’autre était fils de famille, doué, médecin mais n’ayant pas besoin de travailler pour vivre aisément dans un cadre magnifique.
J’ai vite compris qu’il n’y avait qu’une alternative : être très doué et malin ou très riche et bien coaché !
Au bout d’un an, je me suis rendu compte que le métier de cavalier n’était pas fait pour moi. J’ai eu la lucidité de comprendre que je n’étais pas assez doué à cheval et que ma famille ne financerait pas cette activité. J’ai donc repris mes études de Droit.
Ensuite je suis parti faire mon Service Militaire (à la base du Bourget) et là ayant beaucoup de temps libres (j’avais réorganisé la bibliothèque de la Base).

 

J’ai commencé à écrire des articles sur les grands étalons de l’époque. MONCEAU, NYKIO & NANKIN etc …
Une amie a lu ces articles que je gardais pour moi (n’osant pas les soumettre à un magazine) et elle m’incita à les envoyer à François de La Sayette, rédacteur en Chef de L’Eperon. Il a trouvé que c’était tout à fait dans l’esprit du journal … et pour cause, c’était mon « bréviaire ». J’ai donc été publié en 1976 pour la première fois et nous avons commencé une collaboration. Il est devenu mon « mentor » et m’a embauché l’année suivante comme Rédacteur en Chef adjoint.
En 1980, j’ai fait un voyage d’études sur le marché américain du cheval de sport. 5 mois aux USA pour le compte de l’UNIC et du Ministère du Commerce Extérieur qui ont débouché sur la première vente de SF organisé en Floride (c’est Michel Robert qui présentait les chevaux).
Sur place, j’ai rencontré Fred Graham (qui fut propriétaire d’ALME en autres) qui m’a proposé un « job » aux USA. Il me proposait de prendre la direction de l’antenne du SF aux USA qu’il voulait mettre en place.
Moi qui trouvais que la France était exigüe notamment dans les mentalités, je pensais avoir trouvé le « job » de ma vie, le rêve américain. J’acceptais et revenais en France pour annoncer mon départ à L’Eperon. Mais, rebondissement. Pendant mon absence, le magazine avait été vendu au groupe Cheval magazine … à condition que j’accepte le poste de Rédacteur en Chef. Formidable proposition pour un jeune homme de 26 ans. Enorme dilemme !
Après quelques jours de réflexion, je restai en France et acceptai l’offre, L’Eperon représentant tellement pour moi. A posteriori, on peut penser que j’ai sans doute fait le bon choix car l’élevage du SF ne s’est jamais vraiment développé aux USA. Ou bien, peut-être est-ce à cause de cela que l’élevage du SF ne s’y est pas développé car personne n’a repris ce job !
J’ai donc dirigé ce magazine jusqu’à la fin 1984. Une belle aventure dont je garde d’excellents souvenirs. Mais, l’impression de tourner en rond. Je ne me voyais pas faire ça jusqu’à la fin de mes jours.
Puis vint une nouvelle opportunité. En 1984, alors que j’étais aux JO de Los Angeles, Nadia, la femme de Pierre Durand, me dit que LAUDANUM le premier crack de Pierre, était tombé dans les oubliettes dans le Sud-Ouest.
A mon retour, je rencontre son propriétaire avec Pierre et nous nous mettons d’accord pour que je j’organise le premier « syndicat » d’un étalon de sport et le remonte en Normandie. Un succès, LAUDANUM est devenu le Chef de race que l’on sait.
Je n’avais pas encore Brullemail fin 1984, donc je confie LAUDANUM au jeune stud-groom du haras de La Gisloterie, que j’avais en estime, Patrice Boureau.
L’année suivante, une nouvelle opportunité s’offre à moi. J’assistai malgré moi (une porte entre ouverte) à une réunion au somment à l’UNIC où les patrons des Haras Nationaux et le DTN de la FFE négociaient par téléphone avec un marchand belge le rachat d’ALMÉ (18 ans à l’époque). J’étais abasourdi par les inepties que j’entendais. Finalement, ils firent une offre grotesque qui fut refusée.

 

Persuadé qu’il fallait absolument faire revenir l’un des meilleurs étalons du Monde (déjà père de GALOUBET, I LOVE YOU, JALISCO …) dans son pays natal, j’ai pris les choses en main. Après beaucoup de problèmes (lire la Saga ALME sur mon site web) et 9 longs mois de négociations, j’ai réussi à rapatrier ALME. La syndication a été un grand succès et ALME revint en France à l’occasion du Championnat d’Europe à Dinard en Aout 1985. Un souvenir inoubliable, il était sublime, un seigneur !
Fort de ces deux étalons LAUDANUM et ALME, je me suis dit que c’était le signe du destin et le moment de changer de vie. Enfin réaliser mon rêve de gosse, devenir éleveur professionnel.