La France privée de Patrice Delaveau à Rio

Orient Express à l'apogée de sa forme lors des JEM 2014
Orient Express à l’apogée de sa forme lors des JEM 2014

Orient Express HDC a raté le train pour les JO de Rio. Et Patrice Delaveau avec lui. Le couple était très attendu ce week-end au CSIO de Rotterdam (Pays-Bas) dans la Coupe des Nations. On s’interrogeait sur le niveau de compétitivité du fils de Quick Star et sa capacité à revenir à son meilleur niveau après une participation décevante (12 points) en mai dernier au CSIO de La Baule expliquée toutefois a posteriori par un virus et un long épisode de fièvre. Las, Rotterdam ne fût pas un mauvais jour, ce fût un coup de massue. Douze points sur la première manche, seize dans la deuxième et au final un verdict implacable annoncé par le clan HDC lui-même à : Orient Express n’ira pas à Rio.

Pour tous ceux qui se sont couchés avec l’image des Jeux Équestres Mondiaux de Caen, le réveil est terrible. « Je crois qu’il n’a plus les capacités physiques de disputer un championnat » a lâché dans un langage très direct Jean-Maurice Bonneau, l’entraîneur personnel du team HDC. A seulement 14 ans, le crack d’hier est désormais présenté comme un cheval fatigué, à la santé fragile.

C’est dur, c’est cru mais, c’est ainsi. L’équitation, est une extraordinaire école de la vie qui concentre sur des périodes restreintes des alternances de joies, de peines et l’apprentissage du vieillissement, de la maladie et de la mort.

Carpe diem. La fragilité des moments de bonheur doit amener à les apprécier pleinement. Pénélope Leprevost sur un petit nuage ces derniers mois en a fait contre son gré la démonstration dimanche en chutant de façon spectaculaire avec Flora de Mariposa sur un oxer lors du barrage du GP de Rotterdam. Pas de bobos mais une grosse frayeur et un drame évité de peu à une quarantaine de jours seulement de l’échéance olympique…

A 51 ans, Patrice Delaveau a derrière lui une carrière étoffée avec des hauts (notamment avec Katchina Mail) et des bas. En 2012 déjà il avait dû déclarer forfait pour les Jeux Olympiques de Londres en raison d’une blessure d’Orient Express*HDC à quelques semaines de l’évènement.

Il y a deux ans, en terres normandes lors des Jeux Équestres Mondiaux, il devait se contenter de la deuxième marche et espérait beaucoup des Jeux de Rio pour conquérir enfin le saint Graal. L’échéance avait été préparée avec soin et tout le professionnalisme possible grâce à l’équipe du Haras des Coudrettes. Mais on ne commande pas au destin. Pas plus qu’aux amitiés. Et celle manifestée par Philippe Guerdat dans un moment difficile a été d’une belle élégance, toute en pudeur : »Pour moi, la situation est difficile car j’ai beaucoup d’affection pour Patrice, que j’ai accompagné aux Jeux équestres mondiaux et qui fait un parcours fantastique depuis que je suis à la tête de l’équipe de France. C’est celui dont je suis le plus proche et j’ai beaucoup de peine pour lui. Je sais les sacrifices qu’il a fait pour aller aux Jeux olympiques. Il a été très bien entouré, par ses propriétaires notamment mais je crois qu’il faut se rendre à l’évidence » a ainsi déclaré le sélectionneur national à à Grand Prix Replay.

Cette empathie pour Patrice n’est pas un phénomène isolé. Le cavalier du Jump Five est un compétiteur largement apprécié par ses pairs et par le public et le coup du sort qui le frappe aujourd’hui ne laisse pas indifférent.

Patrice Delaveau n’est pas du genre exubérant mais plutôt réservé, sinon taiseux. Son entourage et lui-même n’ont pas sombré dans déclarations mélodramatiques mais son restés au contraire dans une retenue qu’il faut saluer. Se tenir droit, serrer les dents et se projeter sur le lendemain sans baisser les bras, c’est cela aussi que nous apprend l’équitation. C’est cela aussi la marque des champions. Alors, si tous les médaillés olympiques sont de grands champions, il faut garder en tête que tous les grands champions ne sont pas des médaillés olympiques.