Francesca Gobessi : une femme discrète et déterminée.

Francesca Gobessi lors du Global Champions Tour de Doha. © Ahmed Almawali

Issue d’une famille italienne, Francesca Gobessi s’est passionnée pour les chevaux dès son plus jeune âge. Depuis le poney club jusqu’aux grand prix 3*, elle a su s’imposer dans ce milieu grâce à son travail et sa détermination.

Après plusieurs années de carrière, elle est contrainte de revenir sur sa terre natale et de s’éloigner des chevaux quelques temps. Mais l’appel du sport et des chevaux persiste, c’est alors qu’elle reprend le chemin des compétitions, en tant que coach pour des jeunes cavaliers au Qatar puis en remettant elle-même le pied à l’étrier, aspirant à un retour vers le haut niveau.

Un périple Européen…

Après un début des plus classiques dans un Poney club de sa ville d’enfance à l’age de 9 ans, Francesca se prend de passion et s’investit déjà pour les chevaux. Elle participe aux championnats des écoles de saut d’obstacles, brille dans tous les concours régionaux puis internationaux en parallèle de sa scolarité. Suite à l’obtention de son Bac scientifique, ses parents auraient préféré qu’elle poursuive ses études à l’université. Mais l’amour qu’elle porte aux chevaux reste plus fort et Francesca commence alors son périple en Europe en vue d’une carrière de cavalière.

C’est tout d’abord chez Willy Melliger, en Suisse, qu’elle part en tant que stagiaire. Evoluant constamment, elle monte également les chevaux en concours, dont sa favorite Calvara qu’elle a fait progresser avant qu’elle n’aille poursuivre sa prodigieuse carrière dans les écuries d’Hubert Bourdy puis sous la selle d’Hervé Godignon et d’Alexandra Ledermann. Durant ces années là, Francesca profite de l’expérience de grands cavaliers avec, entre autres, un certain Marcus Fuchs. « Chez Willy, les maîtres mots étaient dévouement et discipline » nous dit-elle, en le présentant comme un personnage au fort tempérament et acharné dans son travail, tout en cachant une gentillesse et une disponibilité uniques.

Après une période au Danemark, Francesca vient finalement poser ses bagages en France pour quelques années. C’est à l’élevage de La Mouche qu’elle continue à acquérir de l’expérience en s’occupant des chevaux. Du suivi gynécologique d’une poulinière au poulinage, suivi de la préparation des poulains aux ventes Fences et Nash, tout en poursuivant son travail de cavalière avec certains jeunes chevaux qui deviendront par la suite performants dans les concours internationaux mais également en s’imprégnant de cette ambiance du cheval au quotidien dans tous ces modes de vie.

Peu après, Francesca Gobessi décide de poursuivre son parcours vers d’autres horizons en allant travailler chez un marchand de chevaux autour de Paris. Elle aura non seulement la chance de pouvoir monter la fameuse Notre Moinerie mais aussi d’être suivie par Hervé Godignon puis Eric Navet, son mentor. Elle nous en parle toujours avec la même admiration. Eric Navet lui disait « qu’il n’avait jamais eu les qualités innées pour l’équitation comme Julien Epaillard. Pourtant il a réussi dans ce milieu parce qu’il a travaillé sans relâche ». Et c’est grâce à l’aide de cet homme humble, méticuleux et maniaque, tel qu’elle nous le décrit, que Francesca a franchi une étape supplémentaire dans sa progression.

Francesca Gobessi CSI 3* Hardelot – Radja (2009)

Par la suite, la jeune femme s’installe à son compte, louant une écurie près de Rouen, partagée entre autre avec Pénélope Leprevost qui travaillait, elle, avec Michel Robert. Elle a donc pu voir encore une autre manière d’approcher les chevaux.

L’opportunité de travailler pour un Prince Saoudien, installé à La Boissière école, se présente quelques années plus tard. Francesca a alors l’occasion de monter des chevaux d’une qualité exceptionnelle et de continuer à se classer dans de nombreux CSI sous les conseils de Patrick Caron. Cette période lui aura permis d’accumuler une certaine expérience mais aussi de lui ouvrir les portes vers le Moyen Orient.

Après 16 ans d’expérience comme cavalière à travers l’Europe, Francesca retrouve son Italie natale pour se consacrer à ses deux enfants… Mère d’enfants en bas âge, cavalière et entrepreneuse à la fois, le temps vient parfois à manquer et elle est contrainte d’interrompre quelques temps son parcours équestre.

Le coeur jamais loin des équidés, elle recommence à travailler comme cavalière dans sa région, chez l’Italien Davide Kainich, dispensant également quelques leçons aux élèves sur place. C’est alors que l’un de ses amis au Moyen Orient lui a offert la possibilité d’aller entraîner une équipe de jeunes cavaliers au Qatar.

Francesca Gobessi et l’un de ses élèves S. Al Kuwari au GCT Doha 2020 – © Ahmed Al Maawali

L’expérience Qatarienne…

Bien connu pour ses installations hors normes et sa culture des chevaux, le Qatar s’ancre toujours plus dans le sport de haut niveau, mettant beaucoup de moyens en œuvre : chevaux, coachs du monde entier… Francesca commence sa collaboration avec des jeunes cavaliers de la fédération Qatarienne, faisant des allers-retours entre l’Italie et le Qatar plusieurs fois par mois. Elle a tout de suite eu une bonne impression en se retrouvant face à une équipe de jeunes incroyablement désireux de progresser. Du cavalier très amateur au plus expérimenté, tous étaient très impliqués et les résultats en compétition ont rapidement suivi. Elle constate que malgré la différence de culture son expérience est appréciée et écoutée avec rigueur et discipline. Chacun sait apprécier ses conseils et tente de les appliquer.

En parallèle du coaching, l’Italienne a également monté des chevaux de clients lui permettant de revenir progressivement à la compétition pour son plus grand bonheur.

Depuis 2 ans maintenant, elle suit ses cavaliers et leurs chevaux, auxquels elle a donné de son expérience, de sa passion et de son travail acharné. Elle nous dit en garder une inoubliable expérience autant humaine que professionnelle.

Francesca Gobessi,Big Tour 1m45 Doha 2020 – Inzaghi van Molenheide – © Sportfot

Le monde du cheval, comme leçon de vie…

Après une vingtaine d’années passées dans ce monde à un niveau compétitif et professionnel, Francesca est bien placée pour nous dire : « J’ai un métier qui demande beaucoup de passion, de sacrifices et de concessions. Mais ce que je peux dire en toute confiance, c’est que la progression de chaque cavalier passe par l’implication, le travail , la volonté… Je crois aussi que, de l’amateur au professionnel du plus haut niveau, le cheval parvient toujours à enseigner quelque chose de plus à son cavalier. Depuis mes débuts à aujourd’hui, l’équitation prend de plus en plus de place dans l’intérêt général. Cependant, je reste convaincue que tous ceux qui commencent à fréquenter ce monde ne sont pas conscients des difficultés auxquelles ils seront confrontés. C’est un milieu dans lequel les finances et l’entourage ont bien entendu un grand rôle pour faciliter les choses. Alors le travail et la persévérance doivent compenser lorsque l’on ne présente pas les deux premières conditions. Pour moi, ce sport exerce encore un charme auquel je ne peux personnellement pas résister.»

Maman, cavalière, coach, aspirant à un retour au haut niveau, Francesca est l’incarnation de la femme moderne et déterminée mais elle reste toujours humble et discrète sur son parcours pourtant déjà remarquable…