Entrevue avec le Champion de France Pro Elite 2019

Ce week-end, nous nous sommes rendus sur le sol breton pour le mythique Jumping de Dinard. Pour l’occasion, nous avons eu le plaisir de rencontrer plusieurs cavaliers sur le terrain et notamment Benoit Cernin, Champion de France Pro Elite avec son fidèle Uitlanders du Ter. 

Qu’est ce que ça fait de gagner les Championnats de France Pro Elite ?

C’est un titre qui est important d’avoir dans une carrière et qui n’est pas facile à obtenir. Il y avait des bons cavaliers mais il n’y avait pas les meilleurs. Je suis vraiment content, le cheval était super.

Quelles sont vos impressions après avoir intégré le Groupe 1 et est-ce que cela a changé quelque chose sur votre programme ?

Aujourd’hui, ça n’a absolument rien changé. Après, on va voir par la suite, c’est pour ça qu’il faut que je sois bon ce week-end (rire). Ça, c’est très important. Et non, pour le moment vu que je n’ai pas eu de nouvelles, rien n’a changé.

Comment vous sentez-vous pour votre retour en 5*, puisque votre dernier 5* remonte à Genève en décembre 2017 ? Et comment sentez-vous vos chevaux ce week-end ?

Uitlanders a passé beaucoup d’étapes depuis décembre 2017 et je pense qu’aujourd’hui il a vraiment bien évolué. Je le sens vraiment très bien ! Jeudi, j’ai vraiment fait un parcours de travail comme si c’était une warm-up. Après, il a fait deux fautes mais je l’ai laissé sauter, le plus simple possible.

Les entraînements de Uitlanders ont-ils changé par rapport aux derniers concours pour ce retour en 5* ?

Mon seul entraînement est fait dans mon grand pré qui est bien dénivelé alors quand ils arrivent sur ce genre de piste, ils se sentent comme chez eux et c’est vraiment très important.

Ce week-end vous avez aussi engagé Boléro de Beaufour dans le 5*, comment le sentez-vous ?

C’est un cheval qui vient ici seulement pour prendre de l’expérience. Après, forcément on a envie de faire des classements mais il vient surtout pour découvrir les belles pistes. C’est un cheval sur lequel je compte énormément pour le futur et qui sera vraiment un de mes chevaux de tête l’année prochaine, je pense. Il faut qu’il voit ces parcours là, ces pistes là, pour prendre de la maturité.

Benoit Cernin en selle sur Boléro de Beaufour au Jumping de Dinard. Info Jumping – © Maëva Defonte

Pensez-vous que votre sept ans, Cookie de Vesvre, pourrait être la relève d’ Uitlanders ?

C’est un cheval qui est vraiment très particulier parce qu’il est guerrier, il a toutes les qualités. Après, beaucoup de monde me dit qu’il n’a pas énormément de force mais moi, étant dessus, je sens qu’il en a. Il fait ce qu’il faut au bon moment et je pense qu’il a tout d’un crack. Je le sens vraiment capable de sauter des gros parcours. Maintenant, c’est l’avenir qui nous le dira. Je vais le laisser progresser à son rythme. Lors du CIR des sept ans à Cluny, il y avait un bon grand prix, il a sauté ça facilement. Donc, je ne suis pas inquiet pour la suite. S’il n’est pas cheval de tête, il n’en sera pas loin puisqu’il a vraiment un très gros potentiel.

Cookie est engagé dans le CSI YH1* ce week-end à Dinard, comment le sentez-vous ?

Je le sens très bien. Après, on a détendu dans le manège donc quand les chevaux arrivent dehors, ils sont un peu surpris. Mais il est vraiment très bien.

Comment arrivez-vous à gérer votre stress ou avez-vous une habitude avant d’entrer en piste sur ce genre d’événements ?

Non, c’est vraiment un état d’esprit. Avant, j’étais forcément un petit peu tendu puis en prenant de l’expérience et avec le temps qui passe, on fait la même chose que ce soit à la maison ou en concours. On a beau dire, il y a quand même un peu d’adrénaline en plus mais je fais comme si j’étais chez moi. Avec Uitlanders, je rentre rênes longues pour qu’il se sente comme chez lui, ça le rassure beaucoup et puis ensuite c’est parti.

Comment s’organise votre travail à la maison ? Comment gérez-vous le travail au vu du nombre de chevaux que vous avez ?

À la maison, c’est bien ficelé. J’ai deux cavalières maison qui sont essentiellement sur le plat, elles montent même en selle de dressage. Les chevaux ne sautent pas à la maison, ils sautent seulement en concours. Ça peut arriver de sauter à la maison lorsqu’un nouveau cheval arrive pour le découvrir un peu. Mes parents les mettent au marcheur, ils les longent, les mettent au paddock et les cavalières les montent.

Vous aviez fait un peu de dressage avec Uitlanders l’hiver dernier, pour vous qu’est ce que ça apporte de plus ?

Le dressage, c’est de la précision, ça apporte beaucoup dans l’équilibre, la technique. Aujourd’hui il faut arriver à faire un parcours vite sans reprendre et pour pas reprendre, il faut que l’équilibre soit vraiment au point donc, il faut rester très précis. Le dressage ça apporte des codes et une fois que les codes sont mis, tout roule. Après, ce n’est pas du dressage pur, le dressage c’est trop dur (rire)

Le couple Champion de France Pro Elite 2019, Benoit Cernin et Uitlanders du Ter. Info Jumping – © Maëva Defonte

Pouvez vous nous parler de votre collaboration avec Eric Levallois ?

La collaboration a débuté cet hiver. Il m’a envoyé plusieurs chevaux au travail. Au départ, je lui envoyais seulement les vidéos de ses chevaux et même, des fois, de mes chevaux lorsque j’avais des questions parce que Eric est quelqu’un qui a une expérience énorme, un très bon sentiment, il ne va pas y aller par quatre chemins et ça j’aime bien. Il est très franc, il dit exactement ce qui ne va pas et c’est vraiment une aide énorme. Il est venu une fois me faire travailler à la maison. Je vais le booster pour qu’il revienne malgré le fait que ça lui fasse un petit peu de route. Il est vraiment très fort.

De son élevage, y a-t-il un cheval qui ressort du lot ?

J’ai cinq de ses chevaux à la maison et sur les cinq, il y en trois, je pense, qui sont faits pour le haut niveau.

Quel est votre programme et vos objectifs pour le reste de la saison ? Et pour les années à venir ?

Les objectifs, c’étaient les Championnat de France et ça, c’est fait. Ensuite c’est Lyon, en novembre prochain, après il y a Dinard qui est dans l’objectif. Après, c’est surtout former les nouveaux qui arrivent pour sauter haut. Je vais prendre mon temps mais la fin de saison devrait être pas mal. Pour les années à venir, c’est les Jeux 2024 et les grands championnats, c’est ça qui m’intéresse.

Vous préférez former les jeunes chevaux ou faire du haut niveau ?

Démarrer les jeunes et les emmener au haut niveau parce qu’on sait tout d’eux et ça, ça me plait vraiment. Former des chevaux pour le haut niveau c’est vraiment intéressant. Et j’aimerais faire plus de jeunes chevaux mais on ne peut pas être partout mais je les monte à la maison. Même si je les sors pas beaucoup, je fais beaucoup d’entraînements l’hiver sur des parcours très formateurs parce que ça les prépare limite mieux que les concours. Sur les concours on veut faire sans faute alors qu’à l’entraînement, on les laisse sauter, s’exprimer et ils apprennent beaucoup plus vite.